Un territoire à la fois urbain, forestier et rural
Le territoire actuel du SAGE Croult-Enghien-Vieille Mer résulte de grandes phases d’urbanisation qui ont profondément marqué son fonctionnement territorial. Il s’inscrit, tout au long du XXème siècle et jusqu’à aujourd’hui, dans une dynamique de développement économique et urbain forte. Ce territoire, essentiellement agricole au début du XXème siècle, connait ainsi une mutation rapide de l’occupation des sols (construction massive de logements, édification d’infrastructures de transport, etc…). Ce développement a eu des conséquences fortes sur la qualité de l’eau et sur les rivières qui ont progressivement été recouvertes à la traversée des secteurs urbanisés et recalibrées pour favoriser l’écoulement des eaux vers l’aval. Les cours d’eau ont ainsi perdu leurs fonctionnalités écologiques au profit d’un fonctionnement hydraulique optimisé pour lutter contre les inondations.
Le territoire du SAGE Croult-Enghien-Vieille Mer présente une occupation du sol relativement contrastée entre la partie nord-est, à dominante agricole, la partie nord-ouest forestier et la partie sud, à dominante urbaine et industrielle.
Ce territoire est globalement très urbanisé, avec près de deux tiers des surfaces artificialisées selon un gradient de densité décroissant de Paris vers la grande couronne. Cette urbanisation présente la particularité d’être essentiellement composée de grandes emprises monospécifiques (nappes pavillonnaires, zones industrielles et commerciales, grands ensembles, emprises aéroportuaires…), parmi lesquelles les grands secteurs historiquement industriels connaissent aujourd’hui une mutation accélérée. A ces cloisonnements d’usages, s’ajoutent les coupures physiques liées aux grandes infrastructures routières (A1, A3, A86, N104, D301…) et ferroviaires (RER B, C, D et E, LGV Nord-Europe, TER-Transilien, projet du Grand Paris Express…).

Bien que très urbain, le territoire du SAGE conserve aujourd’hui encore un caractère agricole très marqué sur sa partie nord-est où s’étend la vaste et fertile Plaine de France. Les terres agricoles représentent 27% du territoire du SAGE, soit une Surface Agricole Utile (SAU) de plus de 12 000 ha, et sont essentiellement consacrées aux grandes cultures de blé, betterave sucrière, maïs et colza.
Les espaces naturels représentent quant à eux une part très marginale du territoire (7%) et se concentrent quasiment exclusivement dans le massif forestier de Montmorency. Les grands parcs urbains de Seine-Saint-Denis (parc Georges Valbon, parc du Sausset, parc de la Poudrerie…) constituent également des ilots de nature dont la biodiversité spécifique est remarquable compte tenu de l’environnement très urbain dans lequel ils s’inscrivent et de leur forte fréquentation. Ils sont d’ailleurs classés comme site Natura 2000 au titre de la Directive Oiseaux depuis 2006.

En matière d’occupation du sol, les bassins versants Vieille Mer-Canaux et Sausset-Morée sont les plus urbanisés, avec respectivement 98% et 79% de leur surface urbanisés. Le bassin versant Montlignon-Arras, bien que fortement urbanisé, est celui qui compte le plus d’espaces naturels, en lien notamment avec la présence de la forêt de Montmorency. Les bassins versants du Croult et du Petit Rosne présentent quant à eux la part la plus importante de surfaces agricoles (respectivement 57% et 35%).
Le territoire du SAGE est parcouru par un réseau hydrographique historique de près de 150 km de long qui entaille plus ou moins profondément les calcaires de Saint-Ouen et les sables de Beauchamp. Ce réseau a pour exutoire la Seine au niveau des communes de Saint-Denis et d’Epinay-sur-Seine.

On perçoit mal l’ampleur de ce réseau complexe en raison de son importante artificialisation. Plus de 40% du linéaire ont été enterrés au cours du XXème siècle. Le ru d’Arra, la Morée et la Vieille Mer sont aujourd’hui totalement artificialisés et enterrés sur plus des trois quarts de leur linéaire. Au cours de l’histoire, certains rus ont quasiment disparu et/ou ont été intégrés au réseau d’assainissement, tels les rus de Montfort, du Rouillon et de la Molette, dont les noms ne subsistent plus que dans la toponymie locale. Les cours d’eau encore à ciel ouvert ont largement été artificialisés, en particulier à la traversée des villes où ils ont été bétonnés, pour réduire leur emprise, favoriser l’écoulement vers l’aval et/ou cacher les nuisances liées à leur dégradation, voire les trois à la fois. Toutefois, malgré l’importance de cette artificialisation, il reste des tronçons dont le caractère « naturel » a été préservé ou restauré, à l’image du Sausset à Villepinte, du Petit Rosne à l’amont de Sarcelles ou du ru de Corbon dans la forêt de Montmorency.
Une dynamique de restauration hydromorphologique des cours d’eau est en marche depuis quelques années, avec l’émergence de projets de découverture (Petit Rosne, Vieille Mer, Sausset), renaturation des berges et reméandrage (Croult), qui laissent espérer une amélioration des fonctionnalités écologiques et une diversification des espèces inféodées à ces milieux. Le territoire du SAGE est également parcouru par le canal Saint-Denis et par une partie du canal de l’Ourcq, qui appartiennent tous deux à la ville de Paris.